Jean-Pierre Voisin, adjoint au maire d'Anglet de 2008 à 2014 en charge de l'urbanisme, livre ici son point de vue sur les dossiers locaux et dialogue avec les angloys. Ses propos n'engagent que lui-même.
Pendant des années, l’eau était pour les urbanistes un problème qu’il fallait cacher : On enterrait les canalisations, on remblayait les zones humides, on supprimait les fossés… Aujourd‘hui l’eau apparaît comme une ressource qu’il faut respecter et valoriser. Un élément essentiel du paysage.
Dans les documents d’urbanisme l’eau et la nature étaient traités en creux : c’était ce qui restait quand on avait posé sur la carte les futurs équipements publics, les secteurs destinés à l’habitat et les zones à vocation économique. Aujourd’hui nous sommes dans une logique inverse. On repère tout d’abord les trames « vertes » et « bleues » qu’il faut préserver ou reconquérir, puis ensuite on aménage l’espace dans le respect de l’environnement.
On constate donc un changement radical du regard des urbanistes sur la place de l’eau et de la nature dans l’aménagement du territoire. Eau et l’urbanisme doivent se réconcilier pour construire un urbanisme « durable ».
Courage et pédagogie
Cela suppose que la volonté politique soit forte pour imposer un changement de mentalité. Car si chacun souscrit volontiers aux principes du développement durable, beaucoup de nos concitoyens, opérateurs de l’aménagement inclus, n’en ont pas tirés les conséquences pour ce qui les concerne.
Laisser la place à la nature donc, mais aussi et dans le même mouvement économiser le foncier, offrir à tous un logement à prix abordable - à proximité de son
travail et de l’école des enfants -, autant d’impératifs qui supposent une autre façon de faire la ville, moins étalée, moins minérale, moins dédiée à la seule automobile. Il faudra aux élus
beaucoup de courage et de pédagogie pour faire partager au plus grand nombre la nécessaire mutation de la ville. Et cela est particulièrement vrai pour Anglet qui s’est développée depuis les
« trente glorieuses » et jusqu’à maintenant en s’étalant rapidement.
Imagination et innovation
Pour redonner à l’eau toute sa place au cœur de la ville il faudra faire preuve d’imagination et d’innovation.
L’imagination consiste d’ailleurs souvent à redécouvrir et actualiser des solutions ancestrales : fossés plantés, mares, plaines inondables, essences d’arbres locales peu gourmandes en eaux… Pourquoi par exemple buser les fossés quand on peut les conserver ? C’est ainsi que rue de Jouanicot nous demandons à l’aménageur des terrains Hirigoyen, de préserver les fossés et de prévoir des cheminements piétons dans ses parcelles, le long de la route certes, mais de l’autre coté des fossés.
Plutôt que de construire des bassins de rétention le long des ruisseaux, que l’on cache car ils sont souvent peu esthétiques, choisissons de retrouver des plaines inondables ou des bassins paysagers. Cela prend plus de place, mais c’est de l’espace gagné pour la bio diversité… et la promenade. Sur le Maharin par exemple, nous allons restaurer la plaine aujourd’hui remblayée pour lui redonner sa fonction initiale, et en amont, le bassin de rétention de Latxague de 8500 m3 qui était initialement prévu devrait être remplacé par une série de retenues d’eau paysagères. On économisera ainsi des terrassements tout en préservant la qualité exceptionnelle du site.
Imagination donc, mais aussi innovation.
Toitures végétalisées, chaussées et parkings réservoirs, noues paysagères, stockage des eaux de pluie pour l’arrosage ou pour des usages domestiques ne nécessitant pas de l’eau potable, on peut mobiliser aujourd’hui des solutions nouvelles pour réduire notre consommation, éviter l’imperméabilisation des sols et ralentir l’écoulement des eaux.
Anglet était une ville maraîchère ou l’eau était omniprésente. En replaçant celle-ci au cœur de notre projet urbain, c’est bien l’identité de notre ville, et la qualité de ses paysages, que nous valorisons.
nota: j'emprunte le titre de cet article à un colloque organisé le 1er octobre à Bayonne par l'Agence de l'eau Adour Garonne et intitulé "eau et urbanisme, un mariage de raison".